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  1. Les mises progressent de plus de 2,6 milliards d’euros
  2. Le GGR ne reflète pas toute l’activité des joueurs
  3. Moins de nouveaux joueurs, mais une activité quotidienne en hausse
  4. Près de 19% d’exclusions volontaires supplémentaires
  5. Cinq propositions pour renforcer la protection des joueurs
  6. Vers des règles différentes selon les risques de chaque jeu ?
  7. Une Commission des jeux de hasard toujours en manque de moyens
  8. Mieux comprendre les comportements pour mieux protéger les joueurs

Les mises enregistrées dans les casinos, les salles de jeux automatiques et les paris ont atteint 36,3 milliards d’euros en Belgique en 2025, soit une hausse de 7,8% sur un an. Une progression importante qui contraste avec la stabilité du revenu brut des jeux. Pour la Loterie Nationale, ces chiffres montrent les limites d’une analyse fondée principalement sur les revenus des opérateurs. L’entreprise publique réclame un suivi plus précis des comportements de jeu et propose cinq pistes pour renforcer la protection des joueurs.

Les mises progressent de plus de 2,6 milliards d’euros

La publication du rapport annuel 2025 de la Commission des jeux de hasard continue d’alimenter les discussions sur l’évolution du marché belge.

Dans un communiqué daté du 30 septembre 2026, la Loterie Nationale invite les pouvoirs publics à ne pas se limiter aux revenus des opérateurs pour évaluer l’activité du secteur.

Elle attire notamment l’attention sur le volume des mises enregistrées dans les casinos, les salles de jeux automatiques et les paris.

En 2025, celles-ci ont atteint 36,3 milliards d’euros, contre 33,7 milliards en 2024. Cela représente une augmentation de plus de 2,6 milliards d’euros, soit 7,8%.

La hausse est particulièrement marquée dans les casinos physiques et en ligne, où les mises dépassent désormais les 20 milliards d’euros, en progression de 15,1%.

Mais ce montant doit être interprété avec prudence.

Les 36,3 milliards d’euros ne correspondent pas aux pertes des joueurs belges. Il s’agit du montant total des mises enregistrées, y compris les gains immédiatement rejoués. Le chiffre ne comprend pas non plus l’ensemble des activités de jeux proposées en Belgique, notamment les produits de loterie.

Un joueur peut ainsi miser plusieurs fois la même somme au cours d’une session, ce qui fait augmenter le volume des mises sans nécessairement entraîner une hausse équivalente de ses pertes.

Cette distinction est essentielle pour comprendre les chiffres présentés.

Le GGR ne reflète pas toute l’activité des joueurs

Le marché réglementé belge des jeux de hasard a généré environ 1,62 milliard d’euros de revenu brut des jeux, ou GGR, en 2025. Un niveau pratiquement identique à celui de 2024.

Le GGR représente la différence entre les mises enregistrées et les gains reversés aux joueurs.

Cet indicateur reste indispensable pour mesurer le poids économique du secteur, mais il ne permet pas, à lui seul, de comprendre les habitudes des joueurs.

La Loterie Nationale souligne ainsi que les mises dans les casinos, les salles de jeux et les paris ont progressé de 7,8%, alors que leur GGR cumulé n’a augmenté que d’environ 3%.

Cet écart s’explique notamment par l’évolution des taux moyens de redistribution.

Lorsque les jeux reversent une plus grande part des mises aux joueurs, ces derniers peuvent réutiliser leurs gains pour continuer à jouer. Le volume des mises augmente alors plus rapidement que le revenu brut des opérateurs.

Selon la Loterie Nationale, des taux de redistribution plus élevés peuvent également renforcer l’impression de gagner et contribuer à rendre certains produits plus attractifs.

Cela ne signifie pas pour autant qu’une hausse des mises constitue, à elle seule, une preuve de comportements problématiques.

Pour évaluer les risques, il faut également connaître la fréquence de jeu, la durée des sessions, les dépenses réelles et l’évolution du comportement des joueurs.

Moins de nouveaux joueurs, mais une activité quotidienne en hausse

Les données publiées par la Commission révèlent une autre évolution intéressante.

En 2025, seulement 110.032 personnes ont rejoint pour la première fois les plateformes belges réglementées de jeux et de paris en ligne, contre 193.342 en 2024.

Le nombre de nouveaux joueurs a donc diminué d’environ 43%.

Pourtant, dans le même temps, le nombre moyen de joueurs actifs quotidiennement est passé de 155.643 à 160.144, soit une hausse de 3%.

Le marché légal attire donc moins de nouveaux participants, mais l’activité quotidienne reste soutenue.

Pour la Loterie Nationale, cette situation illustre les limites d’une analyse reposant uniquement sur le nombre d’inscriptions ou les revenus des opérateurs.

Une diminution du nombre de nouveaux comptes ne permet pas de conclure que les joueurs déjà présents jouent moins fréquemment.

Elle ne permet pas non plus de déterminer si les personnes qui quittent les plateformes réglementées arrêtent réellement de jouer.

Près de 19% d’exclusions volontaires supplémentaires

L’autre évolution qui préoccupe particulièrement la Loterie Nationale concerne les demandes d’exclusion volontaire.

Fin 2025, la Commission des jeux de hasard recensait 66.998 personnes s’étant volontairement exclues des jeux de hasard.

Un an auparavant, elles étaient 56.458.

Cela représente 10.540 personnes supplémentaires, soit une progression de près de 19%.

Les 21-39 ans sont particulièrement représentés parmi les personnes introduisant une demande d’exclusion.

En Belgique, le système EPIS (Excluded Persons Information System) permet notamment aux joueurs de demander leur exclusion des établissements et plateformes de jeux soumis à ce dispositif.

Il constitue l’un des principaux outils de prévention et de protection des joueurs.

Cette forte augmentation mérite toutefois d’être interprétée avec nuance.

Elle ne démontre pas automatiquement une hausse équivalente du nombre de personnes souffrant d’une addiction aux jeux.

Une meilleure connaissance du dispositif, une sensibilisation accrue ou un accès plus simple à l’auto-exclusion peuvent également expliquer une partie de cette évolution.

Le constat reste néanmoins important : un nombre croissant de personnes utilisent les mécanismes prévus pour limiter ou interrompre leur pratique du jeu.

Cinq propositions pour renforcer la protection des joueurs

Dans sa réaction au rapport 2025 de la Commission des jeux de hasard, la Loterie Nationale identifie cinq priorités pour améliorer la réglementation.

La première consiste à mesurer plus précisément l’exposition des joueurs. L’entreprise souhaite que les montants misés, la fréquence et l’intensité des sessions ainsi que le nombre de joueurs actifs soient suivis régulièrement.

Elle propose ensuite d’adapter les mesures de protection au niveau de risque de chaque produit. Un indicateur indépendant permettrait de comparer différents jeux selon des critères communs.

Troisième priorité : améliorer la détection des comportements problématiques. Les opérateurs devraient pouvoir repérer plus rapidement certains signaux préoccupants et intervenir auprès des joueurs concernés. Ces interventions devraient également pouvoir être contrôlées par le régulateur.

La quatrième proposition porte sur la qualité des données. La Loterie Nationale souhaite poursuivre l’amélioration des statistiques et soutient la création d’un rapport global consacré à la protection des joueurs en Belgique.

Enfin, elle demande un renforcement des moyens de la Commission des jeux de hasard, afin que celle-ci puisse à la fois surveiller les opérateurs agréés et lutter contre les plateformes illégales.

Vers des règles différentes selon les risques de chaque jeu ?

Parmi ces propositions, celle d’une réglementation fondée sur le risque propre à chaque produit pourrait avoir des conséquences importantes.

Tous les jeux de hasard ne présentent pas les mêmes caractéristiques.

La rapidité des parties, la possibilité de rejouer immédiatement, la fréquence des gains ou encore certains mécanismes donnant une impression de contrôle peuvent influencer la manière dont les joueurs interagissent avec un produit.

La Loterie Nationale estime que ces différences devraient être prises en compte dans les règles relatives à la publicité, à l’accessibilité et à la prévention.

Elle a d’ailleurs lancé en février 2026 son propre indicateur du niveau de risque des jeux en ligne.

L’idée serait désormais de disposer d’une méthode indépendante permettant de comparer les différents produits disponibles sur le marché belge.

Une telle approche soulève néanmoins plusieurs questions.

Quels critères permettraient de définir objectivement le risque d’un jeu ? Quelle autorité serait chargée de valider les évaluations ? Et surtout, les mêmes règles seraient-elles appliquées aux produits de la Loterie Nationale et à ceux des opérateurs privés lorsqu’ils présentent des caractéristiques comparables ?

La crédibilité du dispositif dépendrait largement de son indépendance et de la transparence de sa méthodologie.

Une Commission des jeux de hasard toujours en manque de moyens

La Loterie Nationale insiste également sur la nécessité de renforcer les moyens du régulateur.

Fin 2025, le secrétariat de la Commission des jeux de hasard ne disposait en pratique que de 33,4 équivalents temps plein, alors que son plan de personnel prévoit 57 postes.

Ce manque de personnel complique les missions de contrôle dans un secteur de plus en plus numérique.

La Commission doit notamment vérifier le respect des obligations imposées aux opérateurs agréés, tout en poursuivant sa lutte contre les casinos en ligne illégaux et les plateformes non autorisées.

Pour la Loterie Nationale, ces deux missions doivent avancer parallèlement.

La lutte contre le marché noir ne doit pas se faire au détriment de la surveillance des acteurs légaux.

Inversement, renforcer les obligations imposées aux opérateurs agréés ne suffit pas si les autorités ne disposent pas des moyens nécessaires pour faire respecter les règles.

Mieux comprendre les comportements pour mieux protéger les joueurs

L’intervention de la Loterie Nationale soulève finalement une question essentielle : quels indicateurs permettent réellement d’évaluer les risques liés aux jeux de hasard en Belgique ?

Le GGR reste utile pour mesurer le poids économique du marché. Le volume des mises permet de mieux apprécier l’ampleur de l’activité. Mais aucun de ces deux indicateurs ne suffit, isolément, à déterminer les risques auxquels les joueurs sont exposés.

Chez CasinoRating, nous estimons qu’une analyse sérieuse doit également tenir compte du comportement des joueurs et de la manière dont les opérateurs appliquent leurs obligations de protection.

La fréquence des sessions, l’utilisation des limites de jeu, les demandes d’auto-exclusion et les interventions en cas de comportements préoccupants sont autant d’éléments à prendre en considération.

Cette approche doit toutefois rester indépendante et cohérente. Des produits présentant des risques comparables devraient être évalués selon les mêmes principes, qu’ils soient proposés par un opérateur public ou privé.

Les 36,3 milliards d’euros de mises illustrent l’ampleur de l’activité sur le marché belge. Le véritable enjeu sera désormais de transformer ces données en mesures de protection concrètes, tout en maintenant les joueurs dans un environnement légal, contrôlé et suffisamment protecteur.