Les jeux d’argent accessibles en permanence remis en question
Pourquoi l’accès 24h/24 est de plus en plus perçu comme un facteur de risque
La Belgique pourrait entrer dans une nouvelle phase de régulation des jeux d’argent. Début janvier 2026, Rob Beenders, ministre fédéral de la Protection des consommateurs, a relancé le débat en évoquant plusieurs pistes fortes : une fermeture nocturne des sites de jeux, un encadrement plus strict des mises et un durcissement des pratiques commerciales.
Si elles étaient mises en œuvre, ces mesures pourraient transformer en profondeur le marché belge des jeux d’argent en ligne dès 2026.
Une inquiétude croissante face à l’accessibilité permanente
Le jeu nocturne associé à une perte de contrôle accrue
Selon Rob Beenders, la disponibilité continue des plateformes de jeux constitue l’un des principaux risques structurels du jeu en ligne moderne. Lorsque les sites restent accessibles jour et nuit, les joueurs — en particulier les plus vulnérables — sont davantage exposés à des comportements excessifs, notamment durant les heures nocturnes où le contrôle social est quasi inexistant.
Ses déclarations font écho à plusieurs témoignages récents, dont celui d’un joueur ayant accumulé des pertes très importantes en utilisant plusieurs comptes et identités, mettant en lumière les failles persistantes du cadre actuel.
Vers une fermeture nocturne des plateformes de jeux
Blocage technique envisagé entre minuit et 6 heures
La proposition la plus marquante concerne la possibilité de rendre les sites de jeux d’argent inaccessibles durant la nuit. Il ne s’agirait pas d’une simple limitation symbolique, mais bien d’un blocage technique empêchant toute connexion entre minuit et 6 heures du matin.
Cette mesure viserait :
- les casinos en ligne titulaires d’une licence belge
- les plateformes de paris sportifs
- l’ensemble des jeux d’argent accessibles à distance
Une telle approche placerait la Belgique parmi les pays européens les plus stricts en matière de prévention du jeu excessif.
Vers une limite de jeu centralisée et globale
Un plafond unique pour tous les opérateurs
À l’heure actuelle, la réglementation belge impose une limite de dépôt hebdomadaire par site, un système largement critiqué pour sa facilité de contournement. Pour y remédier, une nouvelle piste consisterait à instaurer un plafond global, applicable à l’ensemble des opérateurs agréés.
Les contours évoqués incluent :
- une limite hebdomadaire unique (par exemple 250 €)
- valable sur tous les sites cumulés
- contrôlée via un système d’identification centralisé comme itsme
Cette approche répondrait à une problématique bien connue de la Commission des Jeux de Hasard (CJH) concernant la multiplication des comptes.
Les pratiques commerciales dans le viseur
Bonus, promotions et programmes VIP remis en cause
Au-delà de l’accès et des limites de jeu, le débat porte également sur les stratégies commerciales des opérateurs. Bonus récurrents, offres promotionnelles et programmes VIP sont de plus en plus perçus comme des leviers susceptibles d’encourager des comportements à risque.
Une interdiction plus large — ou un encadrement renforcé — de ces mécanismes est envisagée, dans la continuité du durcissement progressif des règles publicitaires déjà en place en Belgique.
Un parcours politique semé d’obstacles
La compétence réglementaire ne relève pas du même ministère
Malgré la portée de ces propositions, leur mise en œuvre dépend d’un autre portefeuille ministériel. La régulation des jeux d’argent relève du ministre de l’Économie, David Clarinval.
En pratique :
- Rob Beenders peut alimenter le débat public
- toute initiative législative doit être portée par le ministère compétent
- les divergences politiques pourraient ralentir le processus
La question de l’équilibre entre protection des joueurs et maintien d’une offre légale reste particulièrement sensible.
Un cadre déjà strict, mais sous pression
Pourquoi les dispositifs actuels pourraient ne plus suffire
La Belgique dispose déjà d’un arsenal réglementaire conséquent : identification obligatoire des joueurs, limites de dépôts, auto-exclusion via EPIS et contrôle permanent de la CJH. Malgré cela, les cas de contournement et les situations de dépendance continuent d’alimenter les inquiétudes.
Pour Rob Beenders, des ajustements marginaux ne suffisent plus face à la réalité du jeu en ligne contemporain.
Un possible tournant pour la politique belge des jeux d’argent
2026 comme année charnière
Rien ne garantit encore que ces propositions se traduiront par des mesures concrètes. Elles marquent toutefois une évolution claire du discours politique. Une fermeture nocturne, une limite globale de jeu et des règles commerciales plus strictes auraient un impact majeur sur les joueurs comme sur les opérateurs.
Les prochains mois diront si la Belgique s’oriente vers l’un des cadres les plus restrictifs d’Europe — ou si les résistances politiques freinent cette dynamique de réforme.